Description

La scène
L’oeuvre est interprétée par un ensemble instrumental : violon, alto, violoncelle,
clavecin, percussions, soprano et comédienne.
Le danseur évolue sur la scène autour d’un dispositif plastique qui est à la fois
structure spatiale et élément sculptural servant à la chorégraphie.
le créateur lumière investit l’espace scénique par la lumière.
Le texte du poète Jean-Pierre Siméon est en trois parties parties. L’une est de forme
« strophique » (proche de la forme du texte religieux originel) et évoque plus
particulièrement le sentiment de plainte, de douleur, de « prière »… Le second est plus
engagée ; il utilise la première personne du singulier, ce qui permet à la comédienne
d’incarner un personnage de souffrance, de violence, de colère. Enfin, le troisième
intervient comme un leitmotive, porteur d’espoir.
Le choix des instruments est en relation étroite avec le thème du spectacle dont le
compositeur perçoit deux pôles qui sont d’ailleurs omniprésent dans le texte. L’un
étant la plainte, la douleur, « la prière » qui seront mis en évidence plus
particulièrement par les cordes et la soprano dont la voix est tantôt utilisée comme un
instrument c’est à dire comme un timbre de « corde » supplémentaire (vocalise), tantôt
comme chanteuse, interprète du texte poétique; l’autre pôle étant le cri, la colère, le
dégoût, la fureur violente contre la guerre, un réquisitoire pour lesquels seront
utilisées en particulier les percussions, le clavecin et la comédienne. La composition
conjuguera dualité et osmose.
Cette création utilise un langage dit « contemporain. L’écriture musicale n’est pas
associée à un courant ou à un schéma pré-existant ; elle est libre et sa forme est
dictée par le texte et surtout par les deux pôles évoqués plus haut. Le souhait du
compositeur étant de passer de la plainte à la fureur, de la douleur résignée au cri de
colère dans un même élan, contraste de sentiments vivants en chacun de nous.
L’écriture chorégraphique et la recherche personnelle de Sidi Graoui portent sur la
capacité du danseur à développer une énergie puissante, en créant des « circuits
imprimés », c’est-à-dire des suites de mouvements qui peuvent se répéter et
s’amplifier parce qu’« enracinés » dans le corps.
Ce travail sollicite l’intelligence du danseur au travers de l’intelligence de ses jeux
articulaires et nécessite une rigueur et une précision extrêmes dans ses gestes.
La danse de Sidi Graoui est la restitution de marques imprimées une à une dans le
corps, assemblées au profit du propos, elles constituent une écriture déliée et
émouvante.
Le projet Néniès, chant le l’aube assassinée à l’origine est un stabat mater : chant à
la vierge qui a perdu son Fils sacrifié…
Ce chant sacré peut s’appliquer à toutes les femmes du monde qui ne revoient jamais
leurs fils ou leurs maris morts au combat, enlevés, disparus …
Ce chant pour Sidi Graoui devient un cri.
Il y a une extension du corps, un étirement à l’extrême sous la torsion de
l’insupportable qui pousse au cri. Les muscles se tendent jusqu’à faire apparaître les
tendons et les veines, les articulations du corps sont à l épreuve.
Le mouvement global est vers le haut. On crie le plus souvent vers le ciel rarement
vers la terre.
Pourtant c’est vers elle que l’on retourne après épuisement du souffle.
S’abandonne t-on alors à son triste sort? Ou est-ce face à la douleur et au désespoir
qui guette, le temps nécessaire à la régénérescence d’une énergie qui permettra de
continuer malgré l’insupportable?
Le dispositif plastique introduit un dialogue à la fois chromatique, volumétrique et
graphique entre deux types de structures plastiques.
La première est composée de « rectitudes » faites de bandeaux de peinture suspendus
renvoyant à la fois à l’image du linceul et à celle de l’étendard : ces bandeaux
occupent toute la hauteur de l’espace scénique.
La seconde est constituée d’un ensemble de colonnes érigées formant des repères
topographiques sur la scène : elles symbolisent l’effort humain à demeurer debout
face à l’adversité mais en même temps elles se donnent à voir comme des stèles.
- Les rectitudes extrêmement picturales viennent occulter partiellement le fond
de scène et favorisent divers jeux de dévoilement des protagonistes, des
« cachés/montrés » successifs ainsi que des suggestions de silhouettes perçues
en ombres portées ou en contre jour à travers des réceptacles translucides,
évidés ou transparents.
- Les colonnes de hauteurs variant de 70 à 300 cm ont une section carrée
identique de 70 x 70 cm. Elles bornent l’espace scénique en formant un écrin
(symbolisant le ventre de la « mère-douleur ») et autorisent les gestuelles
allusives du danseur tout autant que les interventions du récitant.
L’effet recherché étant d’exploiter au maximum la fibre expressive du texte poétique et
de la partition musicale au travers du médium du plasticien.
Néniès, chant de l’aube assassinée est une oeuvre conçue comme un dialogue pluriel
entre les instruments, les mots, le corps et le dispositif plastique et scénique. Ainsi se
tissent des liens étroits et expressifs entre les cordes, la voix parlée et la voix chantée,
le clavecin, la percussion, la structure spatiale et chromatique, la lumière, le
mouvement.
C’est ainsi que tous les acteurs du projet participent au déroulement des
événements, par la musique, la poésie, la danse et l’installation plastique, sans
hiérarchie affichée entre ces médiums.

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